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lundi 3 mai 2004, 9h29
Pas de jaloux,
chantons l'Europe en latin
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VIENNE (AFP) - Dans la tour de Babel de l'Europe élargie (20 langues
officielles), un enseignant autrichien propose que les 25 s'unissent pour
chanter ensemble l'hymne européen en latin "pour ne pas faire de
jaloux". Son auteur Peter Roland, 62 ans, se targue des encouragements
du président de la Commission européenne Romano Prodi et il fera à nouveau
chanter son hymne lors d'un concert des dix nouveaux entrants le 15 juin
prochain à Vienne avec le choeur du Wiener Singverein.
Adopté en 1972, l'hymne officiel de l'Union européenne (UE) est
tiré de la 9e symphonie de Beethoven qui mit en musique les paroles en
allemand de "l'Ode à la Joie" de Friedrich Schiller.
En le jouant un peu partout, "j'ai toujours constaté que les gens
de différentes nationalités européennes voudraient pouvoir le chanter
ensemble. L'émotion de la musique serait alors encore plus grande",
explique M. Roland.
Oui, mais en quelle langue commune ? "Ce ne peut être qu'en latin,
répond-il. "Parce que si on choisissait une autre langue vivante, les
habitants des nations ne parlant pas cette langue refuseraient par
jalousie".
"Par exemple, les Lettons ne voudraient ni du polonais ni de
l'allemand et les Français ne seraient guère ravis d'une nouvelle conquête
de l'anglais. De plus, note-t-il, la langue de Virgile et César est
"distinguée", claire et précise en peu de mots.
"Est Europa nunc unita et unita maneat/ Una in diversitate pacem
mundi augeat" : la première des trois strophes du possible hymne européen
peut se traduire en français par "l'Europe est unie désormais, qu'elle
garde son unité/ unité dans la diversité, qu'elle contribue à la paix
mondiale".
Le court texte mentionne ensuite des valeurs européennes
--foi/fidélité, justice, liberté-- dans une "grande patrie" et la tâche
grandiose ("opus magnum") qui s'ouvre à ses citoyens.
Si le latin est aujourd'hui langue morte --sauf au Vatican ou dans
le récent film de Mel Gibson "La passion du Christ"... --, les historiens
rappellent qu'il servit de langue de communication pendant des siècles
dans toute l'Europe, notamment à l'université (d'où le nom du Quartier
latin à Paris), étant même une langue officielle en Hongrie jusqu'au 19e
siècle.
La proposition de M. Roland n'a pas que des partisans. "C'est une
initiative strictement personnelle. La plupart des jeunes ignorent le
latin et la langue de communication, c'est bien sûr l'anglais", s'exclame
un responsable européen. Parlant sous le couvert de l'anonymat, il relève
que la question n'est pas à l'ordre du jour à Bruxelles.
Certes, Robert Roland prêche pour sa paroisse : il dirige un
collège privé familial à Vienne où il enseigne le latin "depuis 50 ans".
Mais pour promouvoir son idée, il sait utiliser les moyens modernes :
sites internet, campagne de presse, soutien dans les milieux offficiels
autrichiens dont la très sérieuse Société pour la politique européenne, et
réalisation d'un CD avec les 25 hymnes nationaux de l'UE et l'"hymnus
Europeae".
En préface à ce disque, Romano Prodi, le président italien de la
Commission européenne, écrit (en français) : "j'exprime mes meilleurs
voeux (...) pour que cet hymne chanté en latin devienne désomais un chant
cher à tous les citoyens de l'UE à côté de l'hymne national de chacun".
Voici les paroles qu'il propose et leur traduction en français :
- En latin:
Est Europa nunc unita
Et unita maneat
Una in diversitate
Pacem mundi augeat
Semper regant in Europa
Fides et iustitia
Et libertas populorum
In maiore patria
Cives, floreat Europa,
Opus magnum v ocat vos
Stellae signa sunt in caelo
Aureae, quae iungant nos.
2) En français:
L'Europe est unie désormais
Qu'elle garde son unité
Unité dans la diversité
Qu'elle contribue à la paix mondiale
Que foi (fides) et justice règnent en Europe
Ainsi que la liberté de ses peuples
Dans une patrie élargie
Citoyens, que prospère l'Europe
Une grand oeuvre vous attend
Des étoiles dorées dans le firmament
Sont les symboles qui nous unissent.
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