Société

127 tombes juives profanées en Alsace
«Les juifs dehors», «Gloire à notre Führer» ont notamment été tagués dans le cimetière de Herrlisheim près de Colmar • Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin condamnent cet «acte odieux» •

Par Libération.fr
vendredi 30 avril 2004 (Liberation.fr - 18:11)



ent vingt-sept tombes souillées de sigles nazis, des pierres tombales sur lesquelles des croix gammées et celtiques ont été taguées, un stèle portant l'inscription «Juden raus» (Les Juifs dehors) et un drapeau allemand proclamant notamment «Zieg für unser Führer» (gloire à notre fuhrer) : Jacques Chirac a qualifié d'«actes abominables et intolérables» la profanation du cimetière israélite de Herrlisheim près de Colmar, dans le Haut-Rhin. Découverts dans la matinée de vendredi, les faits ont été vraisemblablement commis durant la nuit de jeudi dans ce cimetière isolé, situé en plein vignoble.

Selon un journaliste de l'AFP sur place, les dates des 30 avril 1945 et 30 avril 2004 ont été taguées dans le cimetière. Une provocation terrifiante, la date du 30 avril 1945 étant considérée comme la date du suicide d'Adolf Hitler. Le prénom Adolf et le nom Hitler ont même été écrits de part et d'autre du portail du cimetière. Vendredi, en milieu de journée, les gendarmes s'affairaient toujours à la recherche d'indices. Le procureur du tribunal de grande instance de Colmar, Pascal Schultz, s'est également rendu sur les lieux.

Le ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin qui dénonce «ces odieuses profanations» doit se rendre au cimetière dans la journée ainsi que Nicole Guedj, la secrétaire d'Etat aux Droits des victimes. Dès l'annonce de la profanation, les réactions d'indignation venues de toutes parts se sont multipliées. «L'antisémitisme est contraire à toutes nos valeurs, à tous nos principes, à tous les idéaux de la République, a déclaré le chef de l'Etat. J'entends, avec le gouvernement, que des actes aussi indignes de la France soient combattus avec la plus extrême fermeté.» Le Premier ministre parle lui d'un acte «odieux» qui appelle une «réaction d'indignation collective». «Atterré», le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Roger Cukiermann, a estimé : «On s'attaque aux morts, on s'attaque aux vivants. C'est un climat détestable qui pourrit l'atmosphère. Ce cancer (l'antisémitisme) a des racines profondes».

Venues de la gauche et même de l'extrême-droite les condamnations pleuvent. Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a évoqué un acte «inqualifiable», qui suscite «indignation et rejet». Pour l'UMP, son président, Alain Juppé, a exprimé «sa plus vive émotion» et assuré «de sa plus grande solidarité les familles dont les tombes ont été outragées ainsi que l'ensemble de la communauté juive». Dans un communiqué, le président du Front national Jean-Marie Le Pen s'est indigné d'une profanation qui «témoigne de la lâcheté de ses auteurs» souhaitant «que les coupables soient rapidement identifiés et sévèrement punis».

Au sein de la communauté juive on dénonce notamment «une insulte à la mémoire, une insulte à l'histoire» (Mouvement de la jeunesse juive Hachomer Hatzaïr) et «une réaction stupide et idiote de gens qui veulent marquer leur haine des Juifs» (Consistoire central israélite de France). Le rabbinat de France s'est par ailleurs félicité de la rapidité des réactions du président de la République et du gouvernement qui ont, selon le rabbin Haïm Korsia, porte-parole du rabbinat et secrétaire du Grand Rabbin de France Joseph Sitruk, «très vite réagi avec les mots et les gestes qui ont su toucher la communauté juive».

 

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